Un collectif composé d'une vingtaine de personnes appartenant à la communauté scientifique du pôle universitaire de Strasbourg (chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs, techniciens et administratifs de l'université, du CNRS et de l'INSERM) a rédigé un Appel à défendre les valeurs de l'Université et de la Recherche. Cette initiative transcende les disciplines comme les appartenances syndicales ou politiques. Elle vise à rassembler le plus largement possible. L'Appel de Strasbourg s'adresse à l'ensemble de la communauté scientifique (personnels et étudiants des universités françaises et des organismes de recherche) ainsi qu'à l'ensemble de la communauté enseignante de notre pays.
LA PETITION A ETE REMISE A V.PECRESSE LE 5/02, JOUR DE L'INAUGURATION DE L'UDS.
Le collectif de l'Appel de Strasbourg, composé actuellement de 22 membres, vous propose d'élargir sa représentation (en veillant à respecter un certain équilibre syndiqués/non syndiqués) et vous invite à le rejoindre pour vous engager et soutenir ses actions. Quelle que soit votre appartenance ou votre qualité(ex-ULP, ex-URS, ex-UMB, organismes de Recherche, IUFM, IUT, chercheur, enseignant-chercheur, BIATOS,ITA, étudiants...) vous pouvez nous envoyer vos coordonnées.

Appel de Strasbourg (II) : La démocratie est en danger

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Texte de l'Appel

Au moment où les trois universités de Strasbourg, de leur propre initiative, se rassemblent pour former le plus grand établissement universitaire de France, nous, chercheurs, enseignants-chercheurs et personnels de la nouvelle Université de Strasbourg et des organismes de recherche, lançons un appel solennel au gouvernement et aux ministères dont nous dépendons pour qu’ils mettent fin à leur entreprise aveugle de destruction de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Scientifiques, nous ne sommes en aucun cas hostiles à une réforme concertée. Au lieu de cela notre gouvernement prend prétexte d’une prétendue urgence pour faire l’économie de la réflexion et du débat. Il persiste à nier notre expertise et nos propositions - celles faites, par exemple, lors des Etats généraux de la recherche en 2004 ont été largement ignorées. Il ne respecte pas la collégialité des décisions en usage dans notre communauté depuis fort longtemps. Nous tenons à rappeler que le développement des connaissances et la transmission des savoirs sont les missions fondamentales de l’Université : elles ne sauraient être soumises à des considérations uniquement utilitaires, ni être mises en cause au nom de l’harmonisation européenne et d'un modèle entrepreneurial inadapté aux exigences universitaires.

La réforme LMD (Licence-Master-Doctorat) a conduit à une refonte complète des cursus dont le bilan n’a pas été tiré. La loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) instaure une présidentialisation excessive du pouvoir dans les universités. Des organismes de recherche comme le CNRS ou l’INSERM sont démantelés. Les IUT - dont personne ne contestait l’efficacité - sont menacés. Certaines bourses attribuées au mérite sont supprimées sans aucune explication. Les nouveaux contrats doctoraux ne masquent pas la misère des moyens.

Et voici que le ministère de l’Enseignement supérieur rend public un projet de décret qui modifie d’une manière fondamentale le statut des enseignants-chercheurs en privant ceux-ci de leur indépendance intellectuelle. Voici que les ministres de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur exigent un bouleversement de la formation et du recrutement des enseignants du secondaire dans un texte bâclé, confus et autoritaire, instituant des masters « métiers de l’enseignement » dans des délais irréalistes et dans des conditions qui affaibliront sensiblement la qualité de la formation des futurs professeurs, tout en rendant celle-ci plus longue et plus coûteuse pour les étudiants : l’année de stage rémunérée est supprimée. Voici enfin que les valeurs républicaines et laïques sont remises en cause par la reconnaissance internationale, à l’initiative de notre ministère des Affaires étrangères, des diplômes délivrés par les instituts catholiques.

Les moyens promis ne suivent pas et les réductions de postes se confirment. L’objectif commun à toutes ces réformes menées dans la précipitation et sans concertation est de permettre des économies à court terme, sans souci du capital ainsi bradé. Elles conduisent aussi à une réduction du temps consacré à la recherche. Cette réalité est aggravée par une avalanche de procédures d’évaluation dont les excès, largement dénoncés, mobilisent des moyens considérables et nous détournent de nos missions fondamentales : la recherche et l’enseignement.

Il est grand temps que le gouvernement nous entende : nous lui demandons instamment de suspendre sans délai l’ensemble de ces réformes pour ouvrir enfin un grand débat national sur l’Enseignement et la Recherche dont les principaux acteurs ne soient pas exclus, y compris les jeunes chercheurs et les étudiants dont l’inquiétude est aujourd’hui aussi profonde que la nôtre. Nous lançons un APPEL à toutes les universités françaises et à toutes les institutions de recherche afin qu’elles unissent leurs voix pour une coordination nationale des actions à même de défendre les valeurs républicaines de liberté et de laïcité du monde de l’éducation, de la science et de la recherche.

Signatures collectives :
Sauvons la Recherche (SLR)
Sauvons l'Université (SLU)

Premiers signataires de l’Université de Strasbourg :

ANCORI Bernard (Professeur Université de Strasbourg) ; ARBO Agnès (Maître de Conférences, Lettres latines) ; AUZET Anne-Véronique (Professeur, Géographie, UMR 7507) ; BONNAREL François (Ingénieur de recherche, UMR 7550) ; BOURGUINAT Nicolas (Maître de Conférences IUF, Sciences historiques) ; BOYER Jean-Daniel (Professeur Agrégé de Sciences Economiques et Sociales, UMR 7522) ; BUGEAUD Yann, (Professeur IUF, Mathématiques, UMR 7501) ; CLEMENT Céline (Maître de Conférences, CREMEL Gérard (Chargé de recherche, INSERM U 575) ; Psychologie) ; DEBARRE Olivier (Professeur IUF, Mathématiques, ULP, puis Paris VII depuis septembre 2008) ; DUBOIS Vincent, Professeur IUF, Sociologie et science politique, UMR 7012) ; HAIECH Jacques (Professeur d'Université, Université de Strasbourg) ; HARTMANN Pierre (Professeur, Littérature française, directeur de l'Ecole doctorale des Humanités) ; HURSTEL Françoise (Professeur Emérite de Psychologie clinique) ;GENTON Bernard (Professeur, Etudes anglaises et nord-américaines) ; GRENOUILLET Corinne (Maître de Conférences, Littérature française) ; HUYGHE Christine (Chargée de Recherche CNRS, Mathématiques) ; JASMIN Nadine (Maître de Conférences, Littérature française) ; JUHEM Philippe (Maître de Conférences, Science Politique, UMR 7012) ; LE BRETON David (Professeur IUF, Sociologie, UMR 7043) ; MAILLARD Pascal (Professeur Agrégé, Littérature française) ; MARQUER Bertrand (Maître de Conférences, Littérature française) ; MONSONEGO Georges (Physicien, ancien Professeur de l’ULP) ; NEVEUX Olivier (Maître de Conférences, Arts du Spectacle) ; PELLAT Jean-Christophe (Professeur, Linguistique française, ancien Doyen de l’UFR des Lettres) ; PETIT Pierre (Directeur de Recherche, Physicien, CNRS/ICS, UPR 22) ; PFEFFERKORN Roland (Professeur, Sociologie, Directeur d'Institut, UMR 7043) ; REVERZY Eléonore (Professeur, Littérature française) ; SCHNEDECKER Catherine (Professeur IUF, Linguistique française, Responsable de l’EA1339) ; UTARD Jean-Michel (Professeur, Sciences de l'Information et de la communication, UMR 7012); WALLER Roselyne (Maître de Conférences, Littérature française, IUFM) ; WERLY Patrick (Maître de Conférences, Littérature Comparée).