A la suite d'une Assemblée Générale inter-UFR qui s'est tenue le 10 décembre 2008 un collectif composé d'une vingtaine de personnes appartenant à la communauté scientifique du pôle universitaire de Strasbourg (chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs, techniciens et administratifs de l'université, du CNRS et de l'INSERM) a ré9digé un Appel à défendre les valeurs de l'Université et de la Recherche. Cette initiative transcende les disciplines comme les appartenances syndicales ou politiques. Elle vise à rassembler le plus largement possible. L'Appel de Strasbourg s'adresse à l'ensemble de la communauté scientifique (personnels et étudiants des universités françaises et des organismes de recherche) ainsi qu'à l'ensemble de la communauté enseignante de notre pays. Seule une très large mobilisation permettra de faire enfin entendre aussi bien nos refus que notre force de proposition.

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Il faut sauver la Recherche scientifique !

La recherche scientifique académique a pour vocation de produire de nouvelles connaissances et de les diffuser. Elle est le fondement de l’Enseignement supérieur. Parce qu’elle s’inscrit dans la durée, elle doit être libre et indépendante des pouvoirs politiques, c’est une évidence. C’est une autre évidence que son évaluation et sa prospective ne peuvent être réalisées que par les scientifiques eux-mêmes. Ces exigences très anciennes des conditions d’exercice et de développement de la recherche dans nos sociétés occidentales ne sont pas des privilèges : elles constituent le socle du progrès scientifique.

En contradiction avec ces principes, sous prétexte de mieux prendre en compte les demandes sociétales, de bâtir en France une « économie de la connaissance », le contrôle et le pilotage de la recherche par le pouvoir politique se renforcent. Faisant sienne l’idéologie de ses prédécesseurs, le gouvernement actuel cherche ainsi à rentabiliser les moyens qui sont consacrés à la recherche scientifique publique en réformant autoritairement et en profondeur son organisation et son mode de financement.

L’Agence Nationale de la Recherche (ANR), qui a absorbé l’essentiel des crédits de recherche pour les redistribuer principalement sur des projets de recherche à court terme, et l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES) qui se substitue aux prérogatives des instances représentatives d’évaluation actuelles des laboratoires, agences composées exclusivement de membres nommés par le gouvernement, sont les piliers de cette réforme. Après leur instauration puis la transformation de l’Université imposée par la loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités (LRU), le gouvernement entreprend de réformer les Établissements Publics Scientifiques et Technologiques (EPST), dont l’INSERM et le CNRS, ainsi que leurs modes de coopération avec l’Université. Cette dernière réforme consiste principalement à découper l’INSERM et le CNRS en instituts que le gouvernement pourra tenir d’une main plus ferme, en faisant disparaître leur fonctionnement collégial et démocratique et en leur retirant leur prérogative de pilotage de la recherche au niveau national pour les transformer en agences de moyens.

A Strasbourg, l’implication des organismes de recherche, CNRS et INSERM, et de leurs personnels, dans la vie scientifique de l’Université est considérable. L’imprégnation réciproque de l’Université et des organismes dans le creuset des unités mixtes de recherche (UMR) permet à l’Université, à ses enseignants-chercheurs et à ses étudiants, de bénéficier d’une puissante infrastructure pérenne de recherche, et de s’intégrer dans une politique scientifique nationale élaborée par des scientifiques. Ainsi en est-il de la sociologie à la biologie moléculaire des plantes, de l’astronomie au droit des religions, de la géographie à la chimie supramoléculaire, de la physique nucléaire aux neuro-sciences, etc… Dans tous ces domaines, les partenariats ont joué et jouent encore un rôle essentiel dans le rayonnement scientifique international du site.

Cependant, les réformes actuelles tendent à les dénaturer en profondeur. Déjà les Instituts du CNRS se désengagent progressivement de nombreuses UMR, tout en ciblant quelques thématiques de recherche. Ainsi, à Strasbourg, sept laboratoires associés au CNRS sont touchés à des degrés divers et le grand Centre de Recherche en Biologie de Strasbourg (CRBS) qui devait voir le jour avec le soutien de l’INSERM, est finalement laissé à la responsabilité de la seule Université. Illustrant également cette politique de restrictions, le CNRS diminue dès cette année le nombre de postes d’ingénieurs dans les UMR, ainsi que le nombre de chercheurs permanents, dont l'existence et le statut sont désormais menacés. A terme, l’Université de Strasbourg risque fort d’être affectée par cette baisse des moyens financiers et humains. Elle pourrait alors être amenée à faire des choix entre les diverses thématiques de recherche développées en son sein en fonction de leurs possibles retombées. Ces choix affecteraient de fait son offre de formation, adossée précisément à sa recherche. Dans ce contexte, l'avenir de ce grand pôle de recherche qu'est Strasbourg est très incertain.

Des réformes sont certes nécessaires. Elles doivent porter sur le financement, l’organisation et l’évaluation de notre système de recherche. La communauté scientifique française, sous l’égide de l’Académie des Sciences, les a demandées il y a déjà plusieurs années. Elle a également appelé maintes fois les derniers gouvernements à en débattre, en vain.

Aujourd’hui, convaincus que les dernières réformes portant sur le CNRS et l’INSERM sont incompatibles avec l’accomplissement de leurs missions fondamentales et avec le maintien de la recherche française au meilleur niveau international, nous appelons solennellement le gouvernement à renoncer à ces réformes, à engager le débat et à tenir enfin compte des propositions formulées par les chercheurs depuis de nombreuses années.